| 27 Juillet 2011
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Le maître japonais de Yi Quan Mitsuharu Sawada, par ailleurs
l'une des grandes figures actuelles de l'abstraction, expose à Paris,
à la Galerie Nichido, 61 Faubourg Saint-Honoré, 78 008-Paris ( tel 01
42 66 62 86 ).
Vernissage le jeudi 15 septembre de 18h à 21h.
Exposition du 7 septembre au 1er octobre 2011.
Mitsuharu Sawada : expression métaphysique de la peinture
contemporaine.
Introduction
Personnalité au talent protéiforme par sa culture et son expérience
personnelle, Mitsuharu Sawada multiplie les paradoxes.
D'apparence physique assez frêle, il dégage pourtant, une puissance d'âme
qui va au-delà du visible.
Doté d'une sensibilité artistique extrêmement forte, Mitsuharu Sawada
possède également un instinct sauvage qui surgit du tréfonds de son être,
lorsqu'il devient non pas artiste peintre, mais artiste martial.
Est-ce contradictoire? Sans doute aux yeux d'occidentaux qui ont perdu la
mémoire de leur histoire ; la Grèce antique et la Renaissance ont connu de
tels hommes, capables de gloire sur les champs de bataille et admirés pour
leurs talents créatifs.
Pour Mitsuharu Sawada, cette contradiction n’existe pas. En Extrême-Orient
et plus particulièrement au Japon, les samouraïs excellaient simultanément
dans l'art du sabre, de la calligraphie et du Haïku. Ils étaient des hommes
complets.
Mitsuharu Sawada exprime cette continuité à l'aune de notre modernité.
Pour nombre de japonais, la « Peinture » est un mode d'expression
exclusivement occidental. Il en résulte une approche assez figée, qui se
traduit essentiellement par une (re)production très respectueuse des grands
maîtres. Une technique certes parfaitement maîtrisée, mais qui présente peu
d’intérêt sur le plan créatif.
De par sa personnalité, ce n’est pas une vision à laquelle Mitsuharu Sawada
peut adhérer. Son parcours personnel emprunte plusieurs voies avant de se
concentrer sur la peinture.
Le design graphique est notamment un facteur important de son expérience,
qui influe encore sur sa démarche actuelle.
La dimension commerciale astreint à une discipline de l’essentiel ; comment
attirer l'attention en l'espace de quelques secondes pour délivrer le
message ? C’est également un mode d’expression où le classicisme est
réinterprété selon les canons de la modernité, pour sensibiliser un maximum
de personnes. L’essentiel n’exclut pas pour autant la profondeur.
Un emploi stable assorti d’une vie bien réglée, tel que l’offre le Japon d’après-
guerre aurait pu être le catalyseur d’une destinée toute tracée, assortie d’un
succès assuré. Il n’en sera rien. Mitsuharu Sawada est l’homme des défis.
C’est ainsi que mille-neuf-cent-soixante-dix marque le tournant de sa
destinée, avec une exposition sur la peinture flamande à Kyoto : c’est une
totale révélation. Au lieu de travailler sur les détails, l’artiste va au cœur du
sujet, en procédant par couche successive. Le travail sur la matière devient
différent, ce sont les transparences qui apportent la densité et la vie.
Mitsuharu Sawada considère la technique flamande de la peinture à l’huile
comme le moyen d’expression ultime et Rubens est son maître. Une seule
issue possible, apprendre ce mode d’expression en Belgique.
Les Beaux-Arts de Bruxelles où Sawada est admis avec les honneurs ne
dispensent pas ce type de curriculum. Ce sont les musées et des heures
de reproduction d’œuvres majeures, qui permettent à notre artiste de saisir
l’essence de la technique flamande.
S’en suivent des allers et retours entre Europe et Japon et une moisson de
prix, ainsi qu’un succès commercial important. Cela n’empêche pas Mitsuharu
Sawada de remettre tout en cause et de se plonger à nouveau dans la
recherche d’un langage pictural correspondant à son évolution personnel.
Impulsion originelle
Le sens de la vie est une quête perpétuelle chez l'homme. Pour Mitsuharu
Sawada, c'est la vie elle-même qui est une interrogation permanente; celle du
temps qui accompagne le vivant de la naissance jusqu'à la mort.
Depuis ses jeunes années, la réflexion qu'il mène est concentrée sur le
passage du temps. Au point que c'en est devenu une partie intégrante de
sa personnalité : "Quand on est jeune, on ne se pose pas trop ce type de
questions car, notre crédit est encore élevé. Quand le temps passe et que l'on
vieillit, ce n'est plus exactement la même chose…"
Pour exprimer concrètement cette préoccupation, il est passé par différentes
approches plastiques, et a finalement opté pour la peinture comme moyen de
recherche et de formalisation de cette quête personnelle.
La culture japonaise place la simultanéité de la mort et de la vie comme une
donnée incontournable du cycle cosmique. Comment exprimer sur la toile
cette symbolique?
De ce fait, sa peinture est l'objet d'une métamorphose régulière dans le
temps :
Esthétiquement, car à chaque étape de la vie de Sawada, elle prend des
formes nouvelles qui tendent de plus en plus vers une abstraction absolue.
L'expression figurative est certes plus évidente, cependant, la pensée
profonde réclame l'abstraction, car elle manipule des concepts qui permettent
d'explorer des dimensions que l'expression figurative tend à limiter de par son
caractère fini.
Psychologiquement, car elle résulte de la collision entre une vision du monde
(celle de Sawada) et des événements extérieurs qui modifient profondément
sa propre évolution intérieure.
Un artiste est toujours le reflet d'une situation à un moment donné, qu'elle
soit une réflexion sur le passé, le présent ou le futur. Or, à l'instant T, c'est
le cadre analytique de cette période temporelle qui donne forme à son
expression. A T+1 les paramètres de ce cadre auront évolué au gré de
l'expérience accumulée.
A ce sujet, Sawada fait référence à un concept spécifiquement
japonais, « shinriteki kuukan » qui exprime les interactions entre un état
psychologique et un espace donné. La peinture devient ainsi une expression
de l'espace comme élément de perception relatif et d'interprétation de
l'environnement dans lequel on évolue.
De manière synthétique, la peinture sert pour Sawada à exprimer la vie telle
qu’il la perçoit, incluant la projection de sa personnalité et les questions qui le
préoccupent.
Fondements
Un artiste complet doit étudier certains domaines pour dire quelque chose qui
s’inscrive dans la durée. L’acquisition de bases pour maîtriser son langage et
donc, son environnement est fondamentale.
« Pendant des années on voit un mur qui donne l'impression que l'on ne peut
dépasser son état. Il faut des années pour casser les briques et traverser ce
mur ». Et pour cela il faut apprendre, rien ne vient naturellement. Tout au plus
a-t-on des facilités de départ par rapport aux autres.
1 - Philosophie de l'art
Connaître la pensée des maitres est très important, pour comprendre leur
démarche et nourrir sa propre vision de l’art. Sans fondement philosophique,
on ne peut pas transmettre d’idées pérennes, tout au plus, une expression
esthétique, qui aura une vie limitée dans le temps.
2 - Histoire de l'art
L’évolution de la pensée, de la représentation visuelle, de la place de l’art
dans la société, les mouvements esthétiques, les grandes étapes, l’évolution
des techniques, de la composition, sont autant d’éléments, dont il faut
maîtriser la connaissance, car c’est la matrice de sa propre réflexion
3 - Composition
La psychologie des formes et leurs interactions sur la perception qu’en ont
les observateurs. La composition picturale est l'art de composer une image
en fonction de formes et de couleurs dans le but de donner un équilibre global
à l'image par le choix des masses de couleurs et des lignes directrices. Le
terme « pictural » implique que la composition concerne une image : peinture,
illustration, photographie. Le sens s'étend ensuite à toute composition visuelle
intégrant image et texte sur toutes sortes de supports.
4 - Théorie des couleurs
La couleur influence le sentiment que l'on exprime. Rouge = sang/ danger,
Noir = sombre/ perte... Et le blanc la plénitude, l’équilibre.
Selon la couleur utilisée, une approche graphique identique va exprimer
des sentiments très différents, qui mettront l’observateur dans un état
psychologique, qui sera fonction de son propre vécu. Le message convié et
sa perception, varient sur un simple choix de couleur.
5 - Théorie des formes
Les formes géométriques de base transmettent également un message
flexible. Carré, rond, rectangle, triangle, l’interaction de ces éléments donnent
des sensations et une compréhension différentes, en fonction de ses
référents personnels.
Au final, pour Sawada, pouvoir développer sa propre personnalité artistique,
c’est d’abord copier les grands maîtres pour apprendre différents types de
techniques. Regarder ne suffit pas. Il faut s’imprégner de leur esprit, pour
pouvoir mieux s'en libérer par la suite.
Trouver sa voie est bien entendu difficile, mais souvent sa propre créativité
naît de la confrontation avec l’existant et la volonté de transformer cette
réalité. Elle doit s’emparer de l’essence des maîtres étudiés, pour se
matérialiser à travers sa propre personnalité et sa concrétisation plastique.
C’est là qu’intervient une notion importante mais pas toujours claire dans les
esprits : la différence entre techniques d’expression et expression visuelle, qui
sont deux choses bien distinctes. La pensée peut évoluer, mais la technique
ne doit pas disparaitre car elle renforce le message exprimé par l'inspiration.
Une esthétique sans technique est moins forte.
Arts Martiaux et Chi
Mitsuharu Sawada pratique les arts martiaux depuis plus de quarante années.
Les différentes écoles qu’il a fréquentées et son expérience du combat, l’ont
amené à créer sa propre école, le Sawada Ryu, discipline où les arts martiaux
internes (Xing I Quan et Yi Quan) et donc, le développement du Chi, forment
la structure de son approche.
En cela, il faut comprendre que les arts martiaux n’existent pas uniquement
par leur aspect formel. Ce qui se passe à l'intérieur est au moins, sinon
beaucoup plus important que les manifestations extérieures. Comment avoir
le Chi? Ceci est très difficile à expliquer. Seule une longue pratique peut
apporter une réponse concrète.
Si pour enseigner la peinture et ses techniques il y a des méthodes qui
débouchent rapidement sur des résultats concrets, ce n'est absolument
pas le cas avec le Chi. Des exercices simples, mais répétés pendant de
nombreuses années permettent d'arriver à un résultat. Bref, tour le contraire
de ce que l'on fait aujourd'hui. Il faut croire et être persévérant même si l'on
ne voit rien. Le temps et la patience sont les clés du processus de formation.
Il est certain que le Chi influe sur tous les aspects de la vie. S'il n’y en a pas,
on ne peut espérer atteindre un niveau de qualité élevé. Ce n’est évidemment
pas sans influence sur la peinture de Sawada. Les rapports entre les formes
sur un tableau expriment cette énergie invisible qui circule.
Un des résultats concrets au fur et a mesure de l'entrainement est la
décontraction du corps. Comme pour la peinture, chaque personnalité doit
trouver sa technique en fonction de ses goûts personnels. Il y a une base
commune et la manière de l'exprimer. Mais l’important au final, est que cela
reste avant tout un plaisir.
Peindre revient à combattre avec le tableau. Et le Chi peut aider à faire la
différence ; il passe par le pinceau, il fait avancer l'idée. L'importance du Chi
est dans la concentration sur le sujet, facile ou difficile, l'intensité va varier, et
le résultat avec. C'est dans la tête que ça se passe, mais au final, c’est très
concret pour un artiste.







