Rythmes biologiques en MTC

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RYTHMES BIOLOGIQUES
EN MÉDECINE TRADITIONNELLE CHINOISE (MTC)
ET MÉCANISMES NEUROBIOLOGIQUES PRÉSIDANT À CES RYTHMES
LA CHRONOBIOLOGIE À TRAVERS LES ÂGES
Les rythmes biologiques gouvernent notre vie et se révèlent plus particulièrement lorsqu’ils sont perturbés : insomnie, changement d’heure, décalage horaire, intersaison, etc.
En occident, la recherche scientifique sur les rythmes circadiens dans le végétal a été abordée pour la première fois en 1729 par Jean-Jacques d’Ortous de Mairan dans son rapport à  l’Académie royale des Sciences de Paris. En ce qui concerne le règne animal, des recherches sur ce thème ont été engagées  dans les années 1950 par Pittendrich (1).
Depuis quelques années, la recherche scientifique s’est intensifiée dans le domaine de la neurobiologie et de la génétique moléculaire afin de comprendre les mécanismes mis en jeu par l’organisme pour s’adapter aux cycles des jours et des saisons.
Cette question d’adaptation avait été abordée en Chine vers le V11e siècle dans le Neijing, principal ouvrage de référence en médecine chinoise, lequel traite de l’influence des différents cycles du temps, à l’échelle journalière, mensuelle ou annuelle, pour le diagnostic comme pour le traitement (2).
Entre les approches orientales et occidentales, existe-t-il des convergences dans l’analyse des rythmes biologiques ?
Nous ne pouvons, en quelques lignes, prétendre traiter exhaustivement cette question. Sur la base des résultats de travaux de recherche en neurosciences et en génétique moléculaire, nous considèrerons quelques exemples de description des mécanismes neurobiologiques qui président à ces rythmes.
Puis après avoir rappelé les principes de base de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) en matière de rythme, nous tenterons de mettre en évidence ses points de convergence avec les modèles explicatifs développés en neurobiologie.
DESCRIPTION PAR LES NEUROSCIENCES DE LA COMMANDE ET DU CONTRÔLE
DES RYTHMES BIOLOGIQUES.
Prenons l’exemple du rythme circadien de 24 heures comprenant la phase de sommeil et la phase d’éveil : l’idée d’un pilotage du rythme circadien par un dispositif physiologique a été à l’origine de nombreux travaux de recherche plus particulièrement à dater des années 1950.Un consensus s’est progressivement
établi sur la nature de ce dispositif qui présente tous les caractéristiques d’une horloge. Cela a été mis en évidence par de nombreuses expériences sur les animaux et sur l’homme : par exemple, l’alternance entre la vie éveillée et le sommeil s’établit sur un rythme de 24 heures même en l’absence de repères entre le jour et la nuit ( en restant en permanence dans l’obscurité). Néanmoins, on constate dans cette expérience, une dérive lente, c’est-à-dire que, petit à petit, la période de sommeil ne correspond plus à la tranche horaire habituelle du dormeur.
SYNCHRONISATION DE L’HORLOGE
En maintenant une alternance d’obscurité et d’exposition à la lumière du                                                                                                                                                                                                                                                                               jour, cela a mis en évidence le rôle de la lumière dans la synchronisation de l’horloge.
L’horloge a été identifiée et localisée dans le cerveau (les noyaux suprachiasmatiques ou NSC). Ces noyaux génèrent les oscillations propres au rythme circadien.
La synchronisation exige d’une part la production d’un signal de nature biologique et d’autre part une transmission de ce signal à l’horloge.Le signal de synchronisation est produit par la lumière qui agit sur des photorécepteurs spécifiques localisés dans la rétine de l’œil. La transmission du signal s’effectue entre ces photorécepteurs et les NSC par des fibres nerveuses. L’horloge est connectée au sein du cerveau avec la glande pinéale qui secrète une hormone (la mélatonine) lorsque les photorécepteurs de l’œil ne reçoivent plus de lumière. La mélatonine joue alors un rôle dans le déclenchement du sommeil.
LES HORLOGES SECONDAIRES
Les rythmes biologiques ne se limitent pas à celui de l’alternance éveil/sommeil. Chacun des organes du corps assure ses fonctions selon un rythme qui lui est propre. Par exemple, la fonction glycogénique du foie contrôle une glycémie importante avant le lever du jour et, par ailleurs, pendant la nuit d’une part,le pancréas limite la libération d’insuline et d’autre part la fréquence cardiaque ralentit ; les tissue adipeux et les muscles sont aussi programmés.
Or des recherches relativement récentes montrent que l’horloge centrale
localisée dans le cerveau n’intervient pas directement dans la régulation des rythmes propres à chacun de ces organes. Il existe des horloges secondaires
attribuées à chacun de ces organes ; l’horloge centrale du cerveau,elle-même synchronisée par l’action de la lumière sur l’œil, synchronise toutes les horloges secondaires.*
Quant aux rythmes saisonniers, les travaux de recherche concernent surtout les comportements animaux (migrations, reproduction). Il s’agit, par exemple, de déterminer les conditions environnementales (durée des nuits hivernales) qui favorisent la synthèse des hormones de reproduction.
RÉGULATION DU FONCTIONNEMENT DES HORLOGES PAR RÉTROACTION*
La relation entre l’horloge centrale et les horloges secondaires n’est pas à sens unique. Les horloges secondaires envoient elles-mêmes des signaux à l’horloge centrale.
Par ailleurs, la mélatonine secrétée par la glande pinéale (cette sécrétion étant déclenchée par un signal en provenance de l’horloge centrale) a des effets positifs sur le fonctionnement de l’horloge ; la mélatonine lui est utile mais pas indispensable.
*Le détail du fonctionnement des horloges et des relations qu’elles établissent entre elles et avec les organes, s’explique en faisant appel aux concepts de la génétique et de la biologie moléculaire. L’ouvrage d’André KLARSFELD (1)« Les horloges du vivant » ainsi qu’un article de P. Bourgin, É. Chalet, M.-P. Feelder-Schmittbuhl et V. Simonneaux paru dans la revue « Pour La Science de novembre 2010 (8), décrivent ce dispositif complexe tout en se plaçant dan le contexte historique de cette recherche. Le présent article s’inspire largement de ces ouvrages.
RYTHMES BIOLOGIQUES ET MÉDECINE     TRADITIONNELLE CHINOISE (MTC)
Pour observer le vivant, la démarche de la MTC est différente de celle que nous adoptons en général en occident, et plus particulièrement lorsque nous avons à traiter une question scientifique.
Le docteur Martine Migaud (3) estime que « nous avons (en occident) une vision fragmentée de la vie (….)nous avons isolé chacun de ses composants afin de pouvoir les décrire et les analyser (…) Pour comprendre un être humain dans sa globalité, il nous faut additionner les informations que nous avons sur chacun de ses organes ».
La médecine traditionnelle chinoise est imprégnée d’un attachement à une vision globale de l’univers.Ayant remarqué que dans la nature, y compris chez l’être humain, tout fonctionne par cycles et en alternance, les fondateurs de cette médecine sont parvenus au principe « d’énergie vitale », aussi dénommée Qi ou souffle.
La MTC a progressivement élaboré une théorie de cette énergie, de ce qui la constitue et de son mode de distribution et de circulation entre tous les organes du corps.
CYCLES JOURNALIERS
Le cycle journalier de la circulation du Qi est établi selon un horaire précis (heure solaire) :
Poumon 3h à 5h / Gros Intestin 5h à 7h / Estomac 7h à 9h / Rate-Pancréas 9h à 11h / Cœur 11h à 13h / Intestin Grêle 13h à 15h / Vessie 15h à 17h / Rein 17h à 19h / Maître Cœur 19h à 21h / Triple Foyer 21h à 23h / Foie 1h à 3h /
CYCLES SAISONNIERS
En MTC le cycle des saisons est pris en considération dans quatre circonstances :
- lors de l’analyse physiologique du fonctionnement des organes ;
- lors du recensement des déséquilibres d’ordre pathologique ;
- lors des procédures de diagnostic ;
- pour le choix du traitement.
-1  L’analyse du fonctionnement des organes et des relations qui s’établissent entre eux ( influence, contrôle) se réfère au modèle de classification des 5 éléments (Bois, Feu, Terre, Métal, Eau). À chacun de ces éléments sont associés un couple d’organes et une saison (par exemple pour l’élément BOIS, sont associés FOIE, VÉSICULE BILIAIRE et le printemps).
-2 En ce qui concerne les aspects pathologiques, les perturbations de l’énergie vitale (Qi) dues aux facteurs environnementaux ( vent, chaleur, froid, humidité, sécheresse), sont identifiés et caractérisés par rapport aux éventuels déséquilibres endogènes.
-3 Les indicateurs utilisés pour l’établissement d’un diagnostic subissent eux-mêmes l’influence des saisons, en particulier pour la prise des pouls radiaux (en hiver, les pouls sont plus « profonds » qu’en été).
Selon les caractéristiques normales de la saison (vent, chaleur, froid, humidité, sécheresse), il sera tenu compte des niveaux de susceptibilité à la maladie, lequel dépend du terrain constitutionnel du patient (état du yin et du yang en termes de plénitude ou de déficience).
Par ailleurs, si les conditions étaient anormales pour la saison, on tiendra compte lors de l’examen d’un patient, de la qualité de son énergie vitale (Qi) et de sa capacité à surmonter les perturbations environnementales. Il s’agit là de la prévention envers les facteurs toxiques ou déséquilibrant.
-4 Pour le choix du traitement, il peut être tenu compte des conditions climatiques. Selon le Neijing, l’usage des herbes médicinales * est adapté aux variations saisonnières ; « éviter de prescrire les herbes de nature froide en hiver, les herbes fraîches en automne, les herbes tièdes au printemps et les herbes chaudes en été »  (4).
Pour un traitement shiatsu ou par acupuncture administré à un patient dont on aurait identifié un déséquilibre du Qi  dans un méridien, il est judicieux d’intervenir sur les points de saison du méridien .Il existe sur chaque méridien cinq points spécifiques, chacun de ces points correspondant à une saison.( L’été indien est considéré comme saison)
-----------------------------------------------------------------------------------------------
*En diététique chinoise, les aliments de nature fraîche ou froide (les légumes par exemple) éliminent la chaleur et stimulent la production des liquides organiques. Les aliments de nature tiède ou chaude (épices, alcool,mouton) éliminent le froid et activent le Qi dans les méridiens. (5)
POINTS DE CONVERGENCE ENTRE LA MTC ET LES ORIENTATIONS DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE POURSUIVIE EN NEUROBIOLOGIE SUR LE THÈME DES RYTHMES BIOLOGIQUES
Le premier point de convergence porte sur la prise en considération de l’existence des rythmes, circadiens et saisonniers. Néanmoins, alors que la neurobiologie s’efforce de détailler les rouages du processus génético-moléculaire par lequel les rythmes s’établissent et se maintiennent, la MTC intègre toutes les variables propres à ces rythmes au sein de sa théorie et dans sa pratique clinique (pathologie, diagnostic,thérapie). La médecine occidentale, sur le plan clinique, se limite à des applications ponctuelles ; par exemple, des tentatives de régulation du sommeil par administration de mélatonine et de luminothérapie, ou encore l’observation  du facteur horaire pour l’administration de certains médicaments pour éviter certains effets secondaires (cas de l’oxaliplatine).
Le deuxième point de convergence porte sur l’approche systémique des phénomènes complexes*.
En neurobiologie, cette approche conduit à intégrer dans l’étude du processus génito-moléculaire, l’interdépendance dans le fonctionnement des organes concernés et même parfois l’organisme dans sa totalité.Cette approche reste néanmoins délimitée par l’objet même de l’étude, en l’occurrence : l’horloge. En MTC, l’approche systémique porte sur les conditions d’équilibre de l’être dans sa totalité
----------------------------------------------------------------------------------------------
*Denis Noble (6) a adopté l’approche systémique appliquée à un seul organe ( le cœur) .Il a pris en compte toutes les variables et toutes les interactions concernant le fonctionnement du cœur. Cela a permis la mise au point d’un médicament. (Ivabradine) utile pour le traitement des crises cardiaques.
Le troisième point de convergence porte sur la capacité des horloges à produire des rythmes de manière innée et autonome.
En se référant à la génétique moléculaire, les neurobiologistes ont pu identifier les rouages et mécanismes des horloges, ainsi que leur localisation au sein de la plupart des cellules. Ils ont alors constaté l’autonomie de leur fonctionnement
.(Denis Noble (6), dans son article sur les principes de la biologie des systèmes, montre que le rythme des battements du cœur repose sur un fonctionnement autonome au niveau cellulaire.)
Par contre, la MTC ne décrit pas un mécanisme localisé des horloges, mais elle se réfère aux règles qui régissent la circulation des énergies entre les organes.En faisant appel aux outils permettant d’identifier l’itinéraire emprunté par l’énergie (pouls, méridiens, langue, etc.), la MTC a pu établir le programme horaire et saisonnier des rythmes biologiques propres au fonctionnement des organes. Il ne s’agit plus ici d’horloge, mais du mouvement inné et autonome du Qi.
Le quatrième point de convergence porte sur le principe de rétroaction. En biologie moléculaire, la production de protéines ou d’hormones ou de signaux électro-chimiques peut être contrôlée et régulée par une rétroaction négative due à l’action d’inhibiteurs.
La MTC se réfère à la notion de rétroaction sous des termes équivalents dans la théorie de la production du yin et du yang par le mouvement et la variation du Qi. « Les entités yin et yang se maintiennent en équilibre grâce à leur force mutuelle d’opposition »(7).
La représentation graphique du yin et du yang confirme ce principe d’équilibre par rétroaction en figurant une portion de yin dans le yang et réciproquement.
CONCLUSION
En explorant différentes approches de la question des biorythmes, nous avons voulu attirer l’attention, d’une part, sur les avancées de la recherche en chronobiologie en termes de méthode (démarche systémique) et de résultats, et d’autre part, sur les convergences et divergences de cette recherche avec les principes auxquels se réfère la médecine traditionnelle chinoise.
Nous ne nous sommes pas placés volontairement dans une perspective de vulgarisation scientifique, ni d’initiation à la médecine traditionnelle chinoise.
Nous avons simplement voulu poser quelques jalons pour susciter une réflexion sur un plan épistémologique qui aurait pour objet de comparer la démarche de modélisation propre à  la neurobiologie par rapport au processus par lequel la médecine traditionnelle chinoise a élaboré au cours des âges sa théorie sur la base d’une pratique clinique.
Les personnes (scientifiques, praticiens des arts martiaux, partisans d’une approche de la prévention et de la santé fondée sur l’équilibre de l’Être par rapport à son environnement) souhaitant approfondir toutes ces questions peuvent, dans une première étape,consulter les ouvrages que nous avons consultés pour traiter ce thème des biorythmes.
BIBLIOGRAPHIE
Pour traiter le thème des biorythmes, nous nous sommes inspirés des ouvrages présentés dans cette bibliographie.Les citations extraites de ces ouvrages  faisant l’objet d’un renvoi ont été notées en italique.
(1)-Les horloges du vivant André KLARSFELD  Edition Odile Jacob 2009
(2)-Précis de médecine chinoise  Éric MARIÉ  Edition Dangles 2008
(3)-Qi Gong- Les Secrets de l’énergie vitale qui guérit  Edition Le Centre du livre naturel 2001 et International Qi Gong Scientific Research Association
(4) (7)-Les bases théoriques de la médecine traditionnelle chinoise  Universités de médecine traditionnelle chinoise de Nanjing et de Shanghai. Traduit et adapté par Dr. You-wa Chen  Edition You- Feng
(5)-Les cinq saisons de l’énergie. La médecine chinoise au quotidien.  Isabelle Laading  Editions DésIris 1998
(6)-Biologie  L’ère numérique  Sous la direction de Magali Roux  CNRS Editions
(8)-Revue « Pour La Science » Novembre 2010

RYTHMES BIOLOGIQUES EN MÉDECINE TRADITIONNELLE CHINOISE (MTC) ET MÉCANISMES NEUROBIOLOGIQUES PRÉSIDANT À CES RYTHMES

par Noel Barbichon (consultez sa biographie)

LA CHRONOBIOLOGIE À TRAVERS LES ÂGES
Les rythmes biologiques gouvernent notre vie et se révèlent plus particulièrement lorsqu’ils sont perturbés : insomnie, changement d’heure, décalage horaire, intersaison, etc. En occident, la recherche scientifique sur les rythmes circadiens dans le végétal a été abordée pour la première fois en 1729 par Jean-Jacques d’Ortous de Mairan dans son rapport à  l’Académie royale des Sciences de Paris. En ce qui concerne le règne animal, des recherches sur ce thème ont été engagées dans les années 1950 par Pittendrich (1).

Depuis quelques années, la recherche scientifique s’est intensifiée dans le domaine de la neurobiologie et de la génétique moléculaire afin de comprendre les mécanismes mis en jeu par l’organisme pour s’adapter aux cycles des jours et des saisons. Cette question d’adaptation avait été abordée en Chine vers le V11e siècle dans le Neijing, principal ouvrage de référence en médecine chinoise, lequel traite de l’influence des différents cycles du temps, à l’échelle journalière, mensuelle ou annuelle, pour le diagnostic comme pour le traitement (2).

Entre les approches orientales et occidentales, existe-t-il des convergences dans l’analyse des rythmes biologiques ?
Nous ne pouvons, en quelques lignes, prétendre traiter exhaustivement cette question. Sur la base des résultats de travaux de recherche en neurosciences et en génétique moléculaire, nous considèrerons quelques exemples de description des mécanismes neurobiologiques qui président à ces rythmes. Puis après avoir rappelé les principes de base de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) en matière de rythme, nous tenterons de mettre en évidence ses points de convergence avec les modèles explicatifs développés en neurobiologie.

DESCRIPTION PAR LES NEUROSCIENCES DE LA COMMANDE ET DU CONTRÔLE  DES RYTHMES BIOLOGIQUES.

 Prenons l’exemple du rythme circadien de 24 heures comprenant la phase de sommeil et la phase d’éveil : l’idée d’un pilotage du rythme circadien par un dispositif physiologique a été à l’origine de nombreux travaux de recherche plus particulièrement à dater des années 1950. Un consensus s’est progressivement établi sur la nature de ce dispositif qui présente tous les caractéristiques d’une horloge. Cela a été mis en évidence par de nombreuses expériences sur les animaux et sur l’homme : par exemple, l’alternance entre la vie éveillée et le sommeil s’établit sur un rythme de 24 heures même en l’absence de repères entre le jour et la nuit ( en restant en permanence dans l’obscurité). Néanmoins, on constate dans cette expérience, une dérive lente, c’est-à-dire que, petit à petit, la période de sommeil ne correspond plus à la tranche horaire habituelle du dormeur.

 


 

SYNCHRONISATION DE L’HORLOGE

 
En maintenant une alternance d’obscurité et d’exposition à la lumière du  our, cela a mis en évidence le rôle de la lumière dans la synchronisation de l’horloge.                                      L’horloge a été identifiée et localisée dans le cerveau (les noyaux suprachiasmatiques ou NSC). Ces noyaux génèrent les oscillations propres au rythme circadien.

La synchronisation exige d’une part la production d’un signal de nature biologique et d’autre part une transmission de ce signal à l’horloge. Le signal de synchronisation est produit par la lumière qui agit sur des photorécepteurs spécifiques localisés dans la rétine de l’œil. La transmission du signal s’effectue entre ces photorécepteurs et les NSC par des fibres nerveuses. L’horloge est connectée au sein du cerveau avec la glande pinéale qui secrète une hormone (la mélatonine) lorsque les photorécepteurs de l’œil ne reçoivent plus de lumière. La mélatonine joue alors un rôle dans le déclenchement du sommeil.

LES HORLOGES SECONDAIRES
Les rythmes biologiques ne se limitent pas à celui de l’alternance éveil/sommeil. Chacun des organes du corps assure ses fonctions selon un rythme qui lui est propre. Par exemple, la fonction glycogénique du foie contrôle une glycémie importante avant le lever du jour et, par ailleurs, pendant la nuit d’une part, le pancréas limite la libération d’insuline et d’autre part la fréquence cardiaque ralentit; les tissue adipeux et les muscles sont aussi programmés.
Or des recherches relativement récentes montrent que l’horloge centrale localisée dans le cerveau n’intervient pas directement dans la régulation des rythmes propres à chacun de ces organes. Il existe des horloges secondaires attribuées à chacun de ces organes; l’horloge centrale du cerveau, elle-même synchronisée par l’action de la lumière sur l’œil, synchronise toutes les horloges secondaires.*

Quant aux rythmes saisonniers, les travaux de recherche concernent surtout les comportements animaux (migrations, reproduction). Il s’agit, par exemple, de déterminer les conditions environnementales (durée des nuits hivernales) qui favorisent la synthèse des hormones de reproduction.

RÉGULATION DU FONCTIONNEMENT DES HORLOGES PAR RÉTROACTION*
La relation entre l’horloge centrale et les horloges secondaires n’est pas à sens unique. Les horloges secondaires envoient elles-mêmes des signaux à l’horloge centrale. Par ailleurs, la mélatonine secrétée par la glande pinéale (cette sécrétion étant déclenchée par un signal en provenance de l’horloge centrale) a des effets positifs sur le fonctionnement de l’horloge; la mélatonine lui est utile mais pas indispensable.

*Le détail du fonctionnement des horloges et des relations qu’elles établissent entre elles et avec les organes, s’explique en faisant appel aux concepts de la génétique et de la biologie moléculaire. L’ouvrage d’André KLARSFELD (1) « Les horloges du vivant » ainsi qu’un article de P. Bourgin, É. Chalet, M.-P. Feelder-Schmittbuhl et V. Simonneaux paru dans la revue «Pour La Science» de novembre 2010 (8), décrivent ce dispositif complexe tout en se plaçant dan le contexte historique de cette recherche. Le présent article s’inspire largement de ces ouvrages.

RYTHMES BIOLOGIQUES ET MÉDECINE TRADITIONNELLE CHINOISE (MTC)
Pour observer le vivant, la démarche de la MTC est différente de celle que nous adoptons en général en occident, et plus particulièrement lorsque nous avons à traiter une question scientifique. Le docteur Martine Migaud (3) estime que « nous avons (en occident) une vision fragmentée de la vie (….) nous avons isolé chacun de ses composants afin de pouvoir les décrire et les analyser (…) Pour comprendre un être humain dans sa globalité, il nous faut additionner les informations que nous avons sur chacun de ses organes. La médecine traditionnelle chinoise est imprégnée d’un attachement à une vision globale de l’univers. Ayant remarqué que dans la nature, y compris chez l’être humain, tout fonctionne par cycles et en alternance, les fondateurs de cette médecine sont parvenus au principe « d’énergie vitale », aussi dénommée Qi ou souffle. La MTC a progressivement élaboré une théorie de cette énergie, de ce qui la constitue et de son mode de distribution et de circulation entre tous les organes du corps.

CYCLES JOURNALIERS
Le cycle journalier de la circulation du Qi est établi selon un horaire précis (heure solaire) : Poumon 3h à 5h / Gros Intestin 5h à 7h / Estomac 7h à 9h / Rate-Pancréas 9h à 11h / Cœur 11h à 13h / Intestin Grêle 13h à 15h / Vessie 15h à 17h / Rein 17h à 19h / Maître Cœur 19h à 21h / Triple Foyer 21h à 23h / Foie 1h à 3h /

CYCLES SAISONNIERS
En MTC le cycle des saisons est pris en considération dans quatre circonstances :

- lors de l’analyse physiologique du fonctionnement des organes ;

- lors du recensement des déséquilibres d’ordre pathologique ;

- lors des procédures de diagnostic ;

- pour le choix du traitement.

-1  L’analyse du fonctionnement des organes et des relations qui s’établissent entre eux ( influence, contrôle) se réfère au modèle de classification des 5 éléments (Bois, Feu, Terre, Métal, Eau). À chacun de ces éléments sont associés un couple d’organes et une saison (par exemple pour l’élément BOIS, sont associés FOIE, VÉSICULE BILIAIRE et le printemps).

-2 En ce qui concerne les aspects pathologiques, les perturbations de l’énergie vitale (Qi) dues aux facteurs environnementaux ( vent, chaleur, froid, humidité, sécheresse), sont identifiés et caractérisés par rapport aux éventuels déséquilibres endogènes.

-3 Les indicateurs utilisés pour l’établissement d’un diagnostic subissent eux-mêmes l’influence des saisons, en particulier pour la prise des pouls radiaux (en hiver, les pouls sont plus « profonds » qu’en été). Selon les caractéristiques normales de la saison (vent, chaleur, froid, humidité, sécheresse), il sera tenu compte des niveaux de susceptibilité à la maladie, lequel dépend du terrain constitutionnel du patient (état du yin et du yang en termes de plénitude ou de déficience). Par ailleurs, si les conditions étaient anormales pour la saison, on tiendra compte lors de l’examen d’un patient, de la qualité de son énergie vitale (Qi) et de sa capacité à surmonter les perturbations environnementales. Il s’agit là de la prévention envers les facteurs toxiques ou déséquilibrant.

-4 Pour le choix du traitement, il peut être tenu compte des conditions climatiques. Selon le Neijing, l’usage des herbes médicinales * est adapté aux variations saisonnières ; « éviter de prescrire les herbes de nature froide en hiver, les herbes fraîches en automne, les herbes tièdes au printemps et les herbes chaudes en été »  

*En diététique chinoise, les aliments de nature fraîche ou froide (les légumes par exemple) éliminent la chaleur et stimulent la production des liquides organiques. Les aliments de nature tiède ou chaude (épices, alcool,mouton) éliminent le froid et activent le Qi dans les méridiens. (5)


POINTS DE CONVERGENCE ENTRE LA MTC ET LES ORIENTATIONS DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE POURSUIVIE EN NEUROBIOLOGIE SUR LE THÈME DES RYTHMES BIOLOGIQUES

Le premier point de convergence porte sur la prise en considération de l’existence des rythmes, circadiens et saisonniers. Néanmoins, alors que la neurobiologie s’efforce de détailler les rouages du processus génético-moléculaire par lequel les rythmes s’établissent et se maintiennent, la MTC intègre toutes les variables propres à ces rythmes au sein de sa théorie et dans sa pratique clinique (pathologie, diagnostic,thérapie). La médecine occidentale, sur le plan clinique, se limite à des applications ponctuelles ; par exemple, des tentatives de régulation du sommeil par administration de mélatonine et de luminothérapie, ou encore l’observation  du facteur horaire pour l’administration de certains médicaments pour éviter certains effets secondaires (cas de l’oxaliplatine).
Le deuxième point de convergence porte sur l’approche systémique des phénomènes complexes*. En neurobiologie, cette approche conduit à intégrer dans l’étude du processus génito-moléculaire, l’interdépendance dans le fonctionnement des organes concernés et même parfois l’organisme dans sa totalité. Cette approche reste néanmoins délimitée par l’objet même de l’étude, en l’occurrence : l’horloge. En MTC, l’approche systémique porte sur les conditions d’équilibre de l’être dans sa totalité

*Denis Noble (6) a adopté l’approche systémique appliquée à un seul organe ( le cœur) . Il a pris en compte toutes les variables et toutes les interactions concernant le fonctionnement du cœur. Cela a permis la mise au point d’un médicament. (Ivabradine) utile pour le traitement des crises cardiaques.

Le troisième point de convergence porte sur la capacité des horloges à produire des rythmes de manière innée et autonome. En se référant à la génétique moléculaire, les neurobiologistes ont pu identifier les rouages et mécanismes des horloges, ainsi que leur localisation au sein de la plupart des cellules. Ils ont alors constaté l’autonomie de leur fonctionnement.(Denis Noble (6), dans son article sur les principes de la biologie des systèmes, montre que le rythme des battements du cœur repose sur un fonctionnement autonome au niveau cellulaire.) Par contre, la MTC ne décrit pas un mécanisme localisé des horloges, mais elle se réfère aux règles qui régissent la circulation des énergies entre les organes. En faisant appel aux outils permettant d’identifier l’itinéraire emprunté par l’énergie (pouls, méridiens, langue, etc.), la MTC a pu établir le programme horaire et saisonnier des rythmes biologiques propres au fonctionnement des organes. Il ne s’agit plus ici d’horloge, mais du mouvement inné et autonome du Qi.


Le quatrième point de convergence porte sur le principe de rétroaction. En biologie moléculaire, la production de protéines ou d’hormones ou de signaux électro-chimiques peut être contrôlée et régulée par une rétroaction négative due à l’action d’inhibiteurs. La MTC se réfère à la notion de rétroaction sous des termes équivalents dans la théorie de la production du yin et du yang par le mouvement et la variation du Qi. « Les entités yin et yang se maintiennent en équilibre grâce à leur force mutuelle d’opposition »(7). La représentation graphique du yin et du yang confirme ce principe d’équilibre par rétroaction en figurant une portion de yin dans le yang et réciproquement.

CONCLUSION

En explorant différentes approches de la question des biorythmes, nous avons voulu attirer l’attention, d’une part, sur les avancées de la recherche en chronobiologie en termes de méthode (démarche systémique) et de résultats, et d’autre part, sur les convergences et divergences de cette recherche avec les principes auxquels se réfère la médecine traditionnelle chinoise. Nous ne nous sommes pas placés volontairement dans une perspective de vulgarisation scientifique, ni d’initiation à la médecine traditionnelle chinoise. Nous avons simplement voulu poser quelques jalons pour susciter une réflexion sur un plan épistémologique qui aurait pour objet de comparer la démarche de modélisation propre à  la neurobiologie par rapport au processus par lequel la médecine traditionnelle chinoise a élaboré au cours des âges sa théorie sur la base d’une pratique clinique.

Les personnes (scientifiques, praticiens des arts martiaux, partisans d’une approche de la prévention et de la santé fondée sur l’équilibre de l’Être par rapport à son environnement) souhaitant approfondir toutes ces questions peuvent, dans une première étape,consulter les ouvrages que nous avons consultés pour traiter ce thème des biorythmes.


BIBLIOGRAPHIE
Pour traiter le thème des biorythmes, nous nous sommes inspirés des ouvrages présentés dans cette bibliographie. Les citations extraites de ces ouvrages  faisant l’objet d’un renvoi ont été notées en italique.

(1) - Les horloges du vivant André KLARSFELD  Edition Odile Jacob 2009 

(2) - Précis de médecine chinoise  Éric MARIÉ  Edition Dangles 2008

(3) - Qi Gong- Les Secrets de l’énergie vitale qui guérit  Edition Le Centre du livre naturel 2001 et International Qi Gong Scientific Research Association

(4) - Pour un traitement shiatsu ou par acupuncture administré à un patient dont on aurait identifié un déséquilibre du Qi  dans un méridien, il est judicieux d’intervenir sur les points de saison du méridien .Il existe sur chaque méridien cinq points spécifiques, chacun de ces points correspondant à une saison.( L’été indien est considéré comme saison)

(5) - Les cinq saisons de l’énergie. La médecine chinoise au quotidien.  Isabelle Laading  Editions DésIris 1998

(6) - Biologie  L’ère numérique  Sous la direction de Magali Roux  CNRS Editions

(7) - Les bases théoriques de la médecine traditionnelle chinoise  Universités de médecine traditionnelle chinoise de Nanjing et de Shanghai. Traduit et adapté par Dr. You-wa Chen  Edition You- Feng

(8) - Revue « Pour La Science » Novembre 2010

- Les fondements de la médecine chinoise traditionnelle . Catherine Despeux (sur Internet site de la Cité des Sciences)

- Fondements historiques et épistémologiques de la médecine traditionnelle chinoise (site de l'Institut universitaire d'histoire de la médecine et de la santé publique (IUHMSP) à Lausanne). 

 

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