| 07 Novembre 2011

L’Objectif Suprême de l’Aïkido
Dans le livre que son fils, Kisshomaru a publié en 1974, O’Sensei Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido, mort en 1969, expose ce qui peut être véritablement considéré comme son testament. Maître Michel Soulenq, 7ème dan, fondateur de l’E.I.A.M.S., considère que l’Aïkido est un budo unique, différent de tous les autres par sa finalité. Voici son commentaire éclairé, pour achever de convaincre ceux qui ne l’étaient pas encore…
A propos de la notion d’harmonie, O’Sensei déclare que le mot qui était utilisé par les guerriers autrefois est fondamentalement différent du sien : « L’aïki n’est pas une technique pour combattre ou vaincre l’ennemi. C’est le moyen de réconcilier le monde et de réunir les êtres humains dans une seule et même famille ». Alors, effectivement, on aura du mal à comprendre son point de vue si l’on raisonne d’une façon dualiste comme l’on fait pour la plupart des arts martiaux, c’est à dire où l’on pose la réalité comme avec un adversaire à vaincre le mieux possible, le plus rapidement possible, le plus proprement possible mais c’est toujours une dualité : moi et lui ! Or, ce que dit Maître Ueshiba, c’est que le combat est terminé avant d’avoir commencé ! Il n’y a pas de combat.
Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de mesure de temps, rapide ou lente, entre une action. C’est contre l’esprit de l’adversaire, dès le début ; pas pour le détruire, bien au contraire. Pour le ramener à l’harmonie de l’univers ! Il dit aussi : « Ceux qui ne sont pas d’accord avec ceci ne peuvent être en harmonie avec l’univers. Leur budo est celui de la destruction ». Donc, le budo d’aïki est un budo de construction et non pas de destruction. « Se mesurer en technique, gagner ou perdre, ce n’est pas le vrai budo. Le vrai budo signifie ne jamais combattre. » C’est à dire se situer au-delà de la conscience dualiste de « j’ai un adversaire ! »… par gagner, il entend gagner sur l’esprit de désaccord avec soi-même, c’est à dire qu’il faut arriver à faire abstraction non seulement de soi mais de tout temps et de tout espace, en demeurant disponible dans l’instant, pour percevoir l’intention belliqueuse et pouvoir y répondre au mieux des intérêts des deux, c’est à dire de lui et de moi!« Il n’y a pas d’ennemi dans l’aïkido pour Ueshiba. Vous avez tort si vous pensez que le budo signifie avoir des adversaires et des ennemis, d’être fort et de les abattre.
Il n’y a ni adversaires ni ennemis pour le vrai budo. »Cela signifie que le but, c’est de ramener la personne qui vous a attaqué, qui a commis une erreur au regard de la nature, dans l’ordre universel et de lui faire prendre conscience qu’elle avait tort et qu’au lieu de se comporter comme un adversaire, elle a tout à gagner en devenant votre amie…O’Sensei dit que son « budo n’est pas une religion mais qu’il éclaire les religions et les mènent vers leur but, qu’il n’a aucun attachement et qu’il est calme quelles que soient les circonstances de l’attaque. »C’est vrai que dès que vous êtes en situation de « faire aïki », il faut parvenir à s’oublier en tant qu’individu, pour pouvoir faire que votre corps surgisse dans l’instant, c’est à dire qu’il n’y ait pas de séparation entre l’intention d’attaquer de votre adversaire et que vous puissiez la comprendre « au présent », sans passer par le mental, qui raisonne, qui calcule et qui peut être porteur de peurs ou de tas de choses… Donc il faut carrément s’oublier en tant qu’individu pour pouvoir « faire vivre l’aïkido » !O’Sensei dit aussi qu’il « faut transformer le monde à l’esprit démoniaque en un monde de l’esprit. C’est la mission de l’aïkido. »Il y a bien d’autres choses qui son exprimées dans ses Mémoires comme : « Le vrai budo, c’est le travail de l’amour.
C’est un travail de don de la vie à toute chose, et non de s’entretuer et de se battre avec les autres. L’amour est la déesse gardienne de toute chose. Rien ne peut exister sans lui. L’aïkido est la réalisation de l’amour. » Ou encore : « Je ne me fais pas d’amis parmi les hommes. Avec qui suis-je donc ami ? Dieu. » Cela veut dire qu’il se dispense de tout attachement. Le niveau de conscience qu’avait atteint le maître Ueshiba était non dualiste, donc il n’y avait pas les bons, avec lesquels je suis ami, et les méchants, que je considère comme mes ennemis… Les bons et les méchants font tous partie de la même famille des êtres humains. Il le dit quelque part : « Nous avons besoin de comprendre l’aïkido d’abord comme un budo et ensuite comme la voie pour servir à construire la famille du monde. Le vrai budo est la protection amoureuse de tous les êtres avec un esprit de réconciliation.
La réconciliation signifie permettre l’aboutissement de la mission de chacun. »On peut commenter cet extrait ainsi : toutes les possibilités se manifestent sur terre, celles qu’on appellera bonnes comme celles qu’on appellera mauvaises ! Effectivement, c’est permettre à chacun de faire ce pourquoi il est utilisé, même si c’est quelque chose qui ne nous convient pas. Bien entendu, en faisant tout ce que l’on peut pour protéger son propre corps et le sien, celui de l’adversaire… C’est la mission de l’aïkido et ce n’est pas de contrarier, de s’opposer, de faire de la compétition avec l’autre. C’est de montrer l’inutilité de son action belliqueuse. Celui qui veut vous frapper, vous lui laissez l’espace où il croit que vous êtes ; seulement vous n’y êtes plus à ce moment là parce que vous avez anticipé cette action en la comprenant au présent. Et à force de lui faire trouver le vide, vous allez vers l’art de la dissuasion. Il ne se dit alors : « Cela ne sert plus à rien. Pourquoi faire du mal à quelqu’un qui n’exprime aucune agressivité à mon égard ? » Ainsi, en « faisant aïki », vous avez permis à cette personne d’expérimenter cette possibilité qu’elle portait en elle, c’est à dire de vous frapper. Elle a frappé, elle a trouvé le vide, elle s’est aperçue que cela ne menait à rien ! « Ceux qui cherchent à étudier l’aïkido devront ouvrir leur esprit, écouter la sincérité de Dieu à travers l’aïki et la pratiquer. Vous devez comprendre la grande purification de l’aïki, le pratiquer et l’améliorer sans heurt. Ce n’est pas pour corriger les autres, c’est pour corriger notre propre esprit. Ceci est l’aïkido. C’est la mission de l’aïkido et ça doit être la vôtre ».
Si l’on a conscience que tout ce qui se manifeste passe par le canal de la perception, on acceptera que ce qu’on nomme humainement « Le Mal », passe aussi par le même canal. Par conséquent, il faut le reconnaître comme tel. Il y a des gens qui sont porteurs de bonnes choses, d’autres actualisent des choses qu’on appellera mauvaises, peu importe ! Ces personnes en soi, ce sont des personnes. Donc, on doit les aimer parce qu’elles sont une partie de nous mêmes mais tout faire pour les éveiller, les amener à une conscience différente.
C’est précisément parce que l’aïkido est une voie d’amour qu’il est ouvert à tous. Chacun peut y trouver quelque chose et en faire son profit.
Ce qui n’exclut pas dans le temps la possibilité de raffiner cet art, cette expression, et la comprendre à un niveau plus transcendant… C’est pour cela qu’il faut tout inscrire en hiérarchie et tout comprendre : il y a l’aspect le plus exotérique, le plus ouvert ; c’est quelqu’un qui découvre un jour, se trouve dans une salle de sport, prend une licence fédérale et commence à pratiquer l’aïkido. Il est content, il appellera cela un sport pendant un certain temps ! Et puis peut-être, s’il porte en lui une certaine qualité d’écoute, s’il est prêt ( quand le fruit est mûr il tombe dit-on ), il s’apercevra que ce mouvement qu’il pratique le recentre, le ramène à une unité, à quelque chose.
A ce moment, il voudra aller plus loin. Et de fil en aiguille, sa pratique se modifiera, ses intentions changeront, son comportement aussi et d’un exotérisme ( c’est à dire d’une ouverture à tout le monde ) il ira inconsciemment, sans le savoir, là où il faut. On dit que quand l’élève est prêt, le maître arrive ! Et ainsi, il finira par trouver le maître qui lui faut à ce moment là car il aura « digéré » tout le reste qui était un travail purement physique et dualiste. Mais il ne faut pas l’imposer aux gens ; il faut laisser les gens venir d’eux-mêmes. C’est pour cela que l’aïkido en France est dispensé par le Ministère des Sports et les fédérations et c’est très bien ainsi.
Cela permet au plus grand nombre de pratiquer mais il y a aussi des écoles qui travaillent à une conception plus ésotérique de l’art. Il faut comprendre que les deux aspects ne sont pas séparés, comme les deux faces d’une même médaille, l’écorce et le noyau d’un même arbre. On peut avoir une compréhension plus fine sans pour autant s’opposer à une compréhension plus extérieure, plus littérale. Il faut permettre à ces possibilités de s’exprimer. Et en France, ces possibilités existent : la possibilité d’une pratique que j’appellerai un petit peu exotérique et ouverte à tous et certaines écoles qui donnent un enseignement plus intérieur…
Propos recueillis par Serge Mairet
Renseignements :
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Site internet : www.aikido-gcercce.org




